Délices et cœur brûlé

c’est l’histoire de Mlle K, une jeune fille très amoureuse de Monsieur C.

Pennafort: L’Hostellerie aux confins des Gorges…

Nous avons tous nos lieux « traditions » , ces lieux où le destin nous a entrainé un soir d’orage, par jeu ou par désœuvrement, et auxquels on est dès lors voué à rester lié corps et âme… pour le meilleur et pour le pire… A TOUT JAMAIS!

La maison de M. Da Silva fait partie de ces enchantements-là.

hostellerie P2Une demeure perdue dans les bois et découverte il y a 5 ans par des proches égarés sur ses terres… J’y ai été initiée peu après et en ai subi aussitôt le terrible envoûtement. Saison après saison, année après année, mes sens m’y ramènent toujours, inexorablement, envers et contre tous… Et surtout envers et contre ma pauvre raison qui déraisonne un peu depuis ce fameux jour où j‘ai porté une petite bouchée de raviole au foie gras, morille et parmesan à mes lèvres tremblantes.

C’est ainsi que fut scellé « le pacte ».

On franchit d’abord la grille d’une immense bâtisse frappée des lettres d’or « HOSTELLERIE DE PENNAFORT »…
Hostellerie de Pennafort… La formule est prononcée, plus question de reculer. La route a été longue avant d’apercevoir une lumière dans la brume épaisse, alors peu importe après tout si la créature qui nous attend tient plutôt de l’ange ou du démon… Une indicible force nous pousse à fouler les marches du perron. On est accueilli comme un vieil ami : attendu, connu ou reconnu, apprécié si ce n’est déjà aimé ! … Etrange… Dans un monde où les lois sont dictées par l’intérêt, le pouvoir, le sexe et/ou l’argent… nous ne pouvons que rester dubitatif devant une telle mise en scène… L’esprit aux aguets, on se laisse pourtant réchauffer le cœur et mettre en appétit par ces manières douces et courtoises… Pauvres humains que nous sommes… Et dire que l‘on m‘avait prévenue!!!

L’on est entrainé à l’étage… dans une salle spacieuse où des tables sont dressées, déjà … -Notre venue était-elle donc prévisible? Mais qui sont ces gens attablés tout autour et souriant béatement?!?-…
Un maître d’hôtel nous prie de prendre place autour d’un jupon blanc… Des cartes nous sont présentées… -Le choix des armes nous serait donc laissé??… Ô trompeuse Illusion! – Je ne sais quel encens s’échappant des cuisines vient troubler mes pensées un instant… Une vision me traverse! -Où suis-je?- … Choisir! Mais oui… - C’est pour un trop long et délicieux supplice que l’on vient de signer.

Un dénommé « amuse-bouche » accompagné d’une coupe de champagne… Un premier mets… Stupeur:
« Ah!… mais… pardon… ce n’est pas ce que j’ai commandé je crois…. Il doit y avoir erreur…. »
« Le chef ne se trompe jamais, Madâme! »

On n’ose répliquer… une telle autorité sur un visage si charmeur! On accomplit la tâche qui nous incombe. On goûte, on sourit, on se tait…
Une valse enivrante commence à se jouer devant tout notre être en hypnose… La magie opère… et on en redemanderait presque… si l‘on en avait l‘occasion… Mais un deuxième plat… un troisième, un quatrième… Non, pardon, cinquième, déjà, sixième, dixième!!… Je reconnais quelques préparations, filtres, potions dont j’avais lu l’ intitulé sur la carte -aux trésors-… J’avais cru devoir, cru « pouvoir » choisir ! J’avais cru parvenir à esquiver de manière tout au moins « conventionnelle »…  J’aurais du comprendre plus tôt: Ce type d’établissements ne connait point de lois!
Le vin coule à flot, les mets les plus fins se succèdent sans fin… Rendant le plaisir douloureux lorsque l’estomac vient à se tendre… Mouvement rendu plus pénible encore quand la volonté tire de l‘autre côté!
Le corps ne suit plus!  -Lâche outil terrestre!! A quoi me sers-tu donc si tu renonces à me donner encore ce plaisir que je te réclame toujours!? Ô Rage! Ô Désespoir! Ô finitude ennemie!…-

partie1Le chef en tablier blanc plusieurs fois passe, de loin en loin, présence spectrale et bienveillante (?)…
Il nous propose de nous garder à dormir à présent!… -Mon Dieu!!! … -
Une idée me traverse dont je n’arrive pas à me défaire: Que fait-il de ses victimes, Da Silva??? Comment?? Pourquoi? Avec quoi???
Mon regard s’attarde sur les rognons de veau dans l’assiette de mon voisin et je commence à m’interroger sur leur saveur si particulière… Je mène l’enquête…  Je réussis à rassembler les informations suivantes qui me mettent bientôt sur la piste de la Vérité:
A 6h demain matin, comme tous les matins il y a un arrivage de Saints (St-Jacques, St-Pierre et autres) encore tout raides d’avoir été sacrifiés quelques minutes plus tôt… il y a retour de la cueillette des pieds de moutons et des chanterelles, des morilles et des trompettes de la mort si fraîches de la rosée qu’elles continuent à chanter sous les doigts agiles des commis… Parce qu’aussi il y a cueillette de fleurs de courgettes, tomates vertes et basilic violet dans les jardins potagers de 3500m2 qui entourent le domaine…
« Restez dormir, mes amis… les lits sont faits… j’ai donné des ordres… restez, faites moi ce plaisir… »
Monseigneur Da Silva aimerait nous initier… nous faire goûter, encore… une nouvelle idée qui vient de lui germer à l’instant…

Partie2

Un éclair traverse la salle. Et soudain: je vois. Pour la première fois… Tout m’apparait si clairement!
Le maitre des lieux, le chef de l’Hostellerie de Pennafort : Là!! devant moi!!… se tient l’incarnation même, la matérialisation de la « Cuisine »!
Philippe Da Silva, Archange diabolique tout de blanc vêtu se lit ainsi: à la fois générosité, partage, passion, chaleur, simplicité, authenticité, joie, vie, envie et gourmandise…

pour demain

C’est donc ainsi que le chef assassine! Par excès de générosité, par une envie trop pleine de faire plaisir, par un désir absolu de rendre ses convives heureux…
Alors peut-être que n’importe où ailleurs on prendrait ses jambes à son cou en suppliant d‘être épargné, mais ici on se contente d’échanger quelques regards émus avec le personnel, on tente un coup la télépathie en direction du chef, puis on finit par se résigner, sourire, accepter joyeusement le supplice qui nous est infligé et se laisser submerger par la Cuisine…
Car ce n’est pas tous les jours qu’on la croise pour de vrai…

Philippe Da Silva

Ce soir nous reprenons la route…

Mais la prochaine fois, pour sûr, j’y resterai pour la vie… (euh!!… « Nuit »… pour la nuit!…).

Hostellerie des Gorges de Pennafort
D 25 F – 83830 Callas
04 94 76 66 51

http://www.hostellerie-pennafort.com

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